Le Conseil d’analyse économique préconise de réduire les allègements de cotisations au Smic pour dégager 3 milliards d’euros

Documents administratifs et calculs budgétaires sur les allègements de cotisations sociales au Smic.

Le Conseil d’analyse économique préconise de réduire les allègements de cotisations au niveau du Smic, un dispositif qui coûte 74 milliards d’euros annuels à l’État. Concrètement: augmenter un salarié au minimum de 100 euros nets reviendrait à 400 euros de coût employeur. Les experts proposent de rediriger les économies vers l’emploi des jeunes et des seniors, deux segments où la France affiche un retard.

Depuis trente ans, la France réduit les cotisations patronales au niveau du Smic en priorité. Cette politique visait à baisser le coût du travail peu qualifié quand cet argument tenait face à la concurrence européenne. Le contexte a changé. Le coût du travail au niveau du Smic se situe désormais parmi les plus faibles de l’OCDE – 44 % du salaire médian contre 60 % il y a trois décennies. Pourtant le système d’allègements maximal au Smic demeure intact, coûtant 74 milliards d’euros chaque année.

Un barème qui tue les augmentations

Le problème réside dans l’effet pervers du barème. Les allègements sont dégressifs jusqu’à trois fois le Smic. Au-delà, ils disparaissent. Cette mécanique rend les augmentations ruineuses: donner 100 euros nets supplémentaires à un salarié au minimum entraîne un surcoût employeur de 400 euros. Les entreprises hésitent donc à relever les salaires.

Réorienter vers l’emploi des jeunes et seniors

Le CAE préconise une rupture: plafonner l’allègement au Smic en euros (sans progression automatique lors de chaque revalorisation du minimum) et réduire progressivement l’abattement à mesure que les salaires augmentent. Cette modification dégagerait au minimum 3 milliards d’euros à réaffecter.

Où les orienter? La France accuse un déficit massif dans deux catégories. Le taux d’emploi des 15-24 ans atteint 34,5 % (contre plus de 50 % en Allemagne). Chez les 55-64 ans, il culmine à 61,7 % (contre 76,4 % en Allemagne). Le CAE préconise d’utiliser les recettes pour renforcer l’insertion des jeunes en difficulté, améliorer l’orientation scolaire, élargir le contrat d’engagement jeune et développer la formation professionnelle et l’aide à l’emploi des seniors.

Les obstacles politiques
Les obstacles politiques

Les obstacles politiques

Les chefs d’entreprise ont déjà réagi avec hostilité. Le budget 2027 prévoit déjà un gel des allègements et l’élargissement de leur assiette de calcul; ces mesures suscitent des appels à la “menace directe sur l’emploi”. Le CAE oppose une évaluation: la sensibilité réelle de l’emploi au coût du travail s’avère plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’était lors du lancement de la stratégie d’allègements dans les années 1990.

Une réforme des retraites accompagnerait ce basculement, mais seulement si elle s’accompagne d’une amélioration des conditions de travail et d’une meilleure prévention de l’usure professionnelle.

À retenir

  • Le Conseil d' analyse économique propose de réduire les allègements de cotisations au Smic pour dégager 3 milliards d' euros.
  • Les allègements de charges en France coûtent 77 milliards d' euros annuels concentrés sur le travail peu qualifié depuis les années 1990.
  • Le coût du travail au Smic en France est désormais inférieur à celui de l' Allemagne et du Royaume-Uni.
  • La France affiche un taux d' emploi des jeunes de 34,5% contre plus de 50% en Allemagne en 2025.
  • Le CAE propose de réorienter les économies vers l' insertion des jeunes et l' emploi des seniors plutôt que vers les bas salaires.

Questions fréquentes

Quel est le coût annuel des allègements de cotisations patronales actuels au niveau du Smic?
Le coût annuel total est de 77 milliards d’euros.
Combien le Conseil d' analyse économique estime-t-il pouvoir récupérer en réduisant les allègements de cotisations au Smic?
Selon les modalités choisies, le CAE estime à au moins 3 milliards d’euros les recettes récupérables.
Comment le coût du travail au Smic en France se compare-t-il à celui des pays voisins?
Le coût du travail au niveau du salaire minimum représente 44% du coût du salaire médian en France et est désormais inférieur à celui observé en Allemagne ou au Royaume-Uni.
Quelle est la proposition du CAE pour utiliser les 3 milliards d' euros dégagés?
Le CAE propose d’orienter les recettes supplémentaires vers l’insertion des jeunes et l’emploi des seniors, plutôt que de continuer à miser uniquement sur l’allègement du coût du travail peu qualifié.
Quel écart d' emploi existe-t-il entre la France et l' Allemagne pour les jeunes?
Le taux d’emploi des 15-24 ans est de 34,5% en France en 2025, contre plus de 50% en Allemagne.