Bruxelles : neuf communes augmentent la taxe foncière en 2026, la plus forte hausse depuis des années

Bruxelles : neuf communes augmentent la taxe foncière en 2026, la plus forte hausse depuis des années

Neuf des 19 communes bruxelloises augmentent le précompte immobilier en 2026, selon un relevé de La DH et la Libre. À Bruxelles-Ville, la hausse frôlera les 100 euros par an pour un propriétaire. Cette décision intervient dans un contexte budgétaire tendu, marqué par l’arrivée de milliers de chômeurs vers les CPAS à partir du 1er janvier 2026.

Les communes bruxelloises font face à une équation budgétaire serrée. À partir du 1er janvier, des personnes exclues du chômage devraient basculer vers les centres publics d’aide sociale (CPAS), structure financée par les collectivités locales. La commune de Koekelberg, par exemple, devra accueillir 793 personnes de plus dans ses allocations, ce qui oblige le pouvoir local à augmenter le budget de son CPAS de 1,4 million d’euros, selon la bourgmestre Olivia P’tito (PS). Cette pression budgétaire explique en large partie les relèvements fiscaux décidés ces derniers mois.

En chiffres
9/19
communes augmentent le précompte immobilier
soit 47 % des communes bruxelloises
100€
hausse annuelle à Bruxelles-Ville
pour un propriétaire moyen
81,58%
taux de centimes additionnels à Schaerbeek
le plus élevé de Bruxelles
1,4M€
budget supplémentaire pour le CPAS de Koekelberg
pour 793 bénéficiaires additionnels

Les centimes additionnels du précompte immobilier, levier fiscal majeur des communes

Le précompte immobilier fonctionne sur un système à trois niveaux: une part fédérale, une part régionale bruxelloise, et une part communale constituée de centimes additionnels. Ces derniers représentent le principal levier fiscal dont disposent les 19 communes pour financer leurs services locaux (routes, éclairage public, CPAS, jeunesse, culture). En clair: quand une commune augmente ses centimes additionnels, elle agit sur la seule variable qu’elle contrôle vraiment. Les propriétaires, assujettis au calcul de la valeur locative cadastrale, payent une taxe annuelle qui varie selon la localisation et le type de bien.

Cette année, la pression s’intensifie. L’année précédente, seulement neuf communes avaient procédé à un relèvement. Le nombre reste identique en 2026, mais l’ampleur des augmentations varie considérablement selon les territoires. Certaines communes optent pour des ajustements mesurés, d’autres pour des hausses plus agressives.

Schaerbeek et Saint-Josse dépassent les 80 % de taux fiscal local

Deux communes sortent du lot: Schaerbeek affiche un taux de 81,58 % de centimes additionnels, tandis que Saint-Josse-ten-Noode atteint 80,02 %. Ces pourcentages traduisent la part que la commune ajoute à la base d’imposition nationale, soit une majoration considérable. Pour un propriétaire de Saint-Josse, cela signifie payer quatre fois plus d’impôt foncier que le barème régional de base. À titre de comparaison, des communes moins densifiées ou financièrement plus aisées du sud de Belgique appliquent des taux nettement inférieurs, souvent entre 20 et 40 %.

À Bruxelles-Ville, la capitale régionale, la hausse est chiffrée à environ 100 euros par an pour un propriétaire moyen. Ce montant, bien que symbolique sur un budget annuel, s’inscrit dans une tendance lourde: les habitants du centre urbain supportent une pression fiscale immobilière en constante augmentation. L’effet cumulatif sur plusieurs années commence à préoccuper les propriétaires, notamment ceux qui remboursent un crédit hypothécaire.

Pourquoi les communes augmentent l' impôt foncier

Charge budgétaire pour les propriétaires
Le précompte immobilier grimpe dans neuf communes. Les propriétaires bruxellois subissent une double imposition: sur les revenus locatifs et sur le bien lui-même.
Inégalité de traitement fiscal
Les propriétaires assumulent les hausses, tandis que les locataires en sont exemptés. Cette asymétrie peut accélérer la vente de petits immeubles anciens.
Crise des CPAS bruxellois
L' arrivée de milliers de chômeurs exclus des allocations fédérales à partir du 1er janvier 2026 force les communes à augmenter leurs revenus pour financer l' aide sociale.
Risque de fuite immobilière
La pression fiscale croissante sur l' immobilier bruxellois pousse certains propriétaires vers les communes de banlieue ou à reconvertir en bureaux.

Un contexte de crise budgétaire sans précédent pour les CPAS bruxellois

La raison structurelle de ces augmentations dépasse largement la gestion courante. Le gouvernement fédéral a décidé d’éliminer les allocations d’attente – ces allocations de transition versées aux chômeurs en fin de droit – à partir du 1er janvier 2026. Traduction: des milliers de personnes sans revenu basculent automatiquement vers les CPAS locaux, qui doivent les prendre en charge. Koekelberg anticipe 793 cas supplémentaires, un chiffre qui sera multiplié par 19 à l’échelle de Bruxelles.

Les CPAS, financés à parité par les communes et la région, ne peuvent pas puiser dans un fonds de secours fédéral. La région bruxelloise, elle-même sous pression budgétaire, ne peut compenser seule. Résultat: chaque commune doit trouver des ressources. Augmenter le précompte immobilier est le choix politique le plus rapide et le plus visible. D’autres options existent (taxe sur les chiens, augmentation de redevances pour les parkings), mais elles génèrent moins de revenus ou davantage de contestation politique.

Un impôt qui pèse davantage sur les propriétaires que sur les locataires

Cette augmentation pose une question d’équité fiscale. Les propriétaires immobiliers bruxellois, dont le nombre s’élève à environ 300 000 personnes, supportent seuls cette augmentation. Les locataires, eux, ne paient pas de précompte immobilier: c’est le propriétaire qui assume fiscalement. Cela signifie que les propriétaires sont imposés deux fois, d’une certaine manière – d’abord par les taxes régionales et fédérales sur les revenus locatifs, ensuite par le précompte immobilier croissant sur le bien lui-même.

Le risque identifié par les analystes: cette pression fiscale accélère la vente de petits immeubles anciens et pousse certains propriétaires à quitter Bruxelles ou à convertir des habitations en bureaux. Paradoxe bruxellois: alors que la région a besoin d’accroître l’offre de logements, l’impôt foncier croissant décourage les investissements immobiliers résidentiels. Les données de 2025 montrent d’ailleurs une fuite non négligeable de propriétaires vers les communes de banlieue (Waterloo, Wavre, Nivelles), où la pression fiscale reste inférieure.

Les principales hausses fiscales à Bruxelles en 2026

  • Neuf communes bruxelloises augmentent le précompte immobilier en 2026, le principal levier fiscal local
  • À Bruxelles-Ville, la hausse frôlera les 100 euros par an pour un propriétaire moyen
  • Schaerbeek (81,58 %) et Saint-Josse-ten-Noode (80,02 %) dépassent la barre des 80 % de taux communal
  • La suppression des allocations d' attente au niveau fédéral force les communes à financer davantage de bénéficiaires CPAS
  • Koekelberg devra accueillir 793 personnes supplémentaires dans ses allocations, augmentant le budget CPAS de 1,4 million d' euros