Le gouvernement prépare une refonte majeure du CPF avec validation préalable de toute formation

Gouvernement validant des demandes de formation CPF à un bureau administratif moderne.

Le gouvernement français prépare une refonte majeure du compte personnel de formation (CPF), prévoyant d’exiger la validation préalable de toute demande de formation par un tiers. Cette mesure, présentée par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou comme un levier d’économies budgétaires, marquerait un retour aux mécanismes de contrôle en place avant 2018 et risque de réduire davantage l’accès à la formation continue pour les salariés, fonctionnaires et indépendants.

Le ministre du Travail a annoncé dans Les Échos la volonté de transformer le compte personnel de formation en compte professionnel de formation. Derrière ce changement de lettre se cache une révolution des règles d’accès: désormais, chaque formation devra être validée par un tiers avant d’être suivie, là où aujourd’hui les actifs choisissent librement leurs formations parmi l’offre disponible.

Le verrou du CPF: retour aux règles d’avant 2018

Avant la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel en 2018, un mécanisme de validation préalable régissait le CPF. Cette loi avait supprimé ce verrou pour laisser les actifs maîtres de leurs choix de formation. La réforme envisagée effacerait cette liberté acquise huit ans plus tôt.

Concrètement, voici comment le nouveau processus fonctionnerait: si la formation se déroule pendant les heures de travail, l’employeur devra approuver la demande. Si elle se tient en dehors du temps professionnel, un « opérateur habilité » – conseiller en évolution professionnelle ou structure analogue – devra vérifier la pertinence du projet. L’objectif officiel: s’assurer que chaque formation s’inscrit dans une trajectoire professionnelle cohérente et répond à une réelle demande du marché du travail.

L’enjeu budgétaire: 2 milliards d’euros en ligne de mire

Cette refonte s’inscrit dans une logique d’économies publiques. Jean-Pierre Farandou a explicitement lié cette mesure à la nécessité de réduire les dépenses de 2 milliards d’euros l’an prochain. Le ministre justifie cette orientation par une phrase clé: « L’époque n’est pas à la profusion, elle est à l’efficacité des dépenses publiques ».

Ce que cette formule recouvre: le CPF est financé par les entreprises, mais l’État complète régulièrement le financement face à l’explosion des inscriptions. Selon les données du ministère du Travail, les entrées en formation liées au CPF ont baissé de 11 % en 2025. Or, cette décroissance devrait s’accentuer en 2026, confirmant que les mesures de restriction engagées ces dernières années produisent leurs effets.

Des restrictions qui s'accumulent depuis 2024
Des restrictions qui s' accumulent depuis 2024

Des restrictions qui s’accumulent depuis 2024

La réforme annoncée ne serait que le dernier tour de vis d’une série de mesures restrictives mises en place progressivement. Deux ajustements majeurs ont déjà durci l’accès au CPF:

Premièrement, la participation financière des bénéficiaires a augmenté. Jusqu’à récemment, un salarié devait débourser 100 euros pour tout achat de formation. Ce montant a été relevé à 150 euros, réduisant ainsi la part prise en charge par le dispositif collectif.

Deuxièmement, les formations du Répertoire spécifique – celles les plus demandées – sont désormais plafonnées. En traduction concrète: un travailleur dont le compte CPF ne couvre pas l’intégralité du coût d’une formation doit financer la différence lui-même, même si son compte dispose de crédits suffisants. Ces deux mesures expliquent en grande partie la baisse des entrées en formation observée en 2025.

Les trois canaux du CPF à la croisée des chemins

Le CPF s’adresse à plusieurs publics: salariés, fonctionnaires, indépendants et chômeurs. Chacun serait potentiellement touché par le changement, puisque le ministre envisage de généraliser l’exigence de validation préalable à tous ces profils. Pour les salariés et fonctionnaires, l’employeur ou l’administration employeur deviendrait le validateur principal. Pour les indépendants et demandeurs d’emploi, ce rôle reviendrait à un organisme habilité.

Cette architecture de contrôle pose une question implicite: qui définira la cohérence d’un projet professionnel et la réalisme d’une formation au regard du marché? Le risque est que des formations pertinentes pour un individu – reconversion, élargissement de compétences, adaptation à l’évolution technologique – soient rejetées si elles ne correspondent pas aux besoins immédiatement reconnus par l’employeur ou le marché. En clair: la flexibilité du CPF, son atout majeur depuis 2018, serait remplacée par une logique d’adéquation stricte.

Vers un CPF centré sur l’employabilité immédiate

Le changement de dénomination – du compte « personnel » au compte « professionnel » – résume la philosophie: le CPF ne serait plus un droit individuel de choisir sa formation, mais un outil d’optimisation des ressources humaines au service du marché du travail tel qu’il existe aujourd’hui. Jean-Pierre Farandou le formule précisément: chacun « pourra toujours construire son projet professionnel », mais sous condition de validation externe et de conformité à des critères extérieurs.

Cette orientation contraste radicalement avec l’esprit de la réforme de 2018, qui avait fait du CPF un instrument d’autonomie professionnelle. À l’époque, l’idée était que les actifs étaient les mieux placés pour identifier leurs besoins de formation, quitte à financer des projets ne correspondant pas immédiatement aux priorités du marché.

Un calendrier incertain mais pressant

Le ministre du Travail n’a pas fixé de date précise pour cette réforme, se contentant d’évoquer « l’an prochain » – soit 2027 dans le calendrier budgétaire. Cependant, le lien explicite avec l’objectif d’économies de 2 milliards d’euros suggère que le projet figure déjà dans les plans gouvernementaux. Si cette réforme était adoptée, elle réduirait mécaniquement la capacité des actifs à financer librement leur montée en compétences, accélérant ainsi la baisse des entrées en formation déjà observée.

À retenir

  • Le gouvernement français prépare une refonte majeure du CPF avec validation préalable obligatoire de toute formation.
  • La réforme marquerait un retour aux mécanismes de contrôle en place avant la loi de 2018.
  • Les employeurs devront approuver les formations suivies pendant les heures de travail par leurs salariés.
  • Cette mesure vise à réduire les dépenses budgétaires du compte personnel de formation.
  • Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou présente cette réforme comme un levier d'économies.

Questions fréquentes

Qu' est-ce qui change concrètement avec cette refonte du CPF?
Le gouvernement souhaite transformer le CPF en compte professionnel de formation et exiger une validation préalable de tout organisme tiers avant de suivre une formation. Actuellement, les actifs choisissent librement leurs formations sans approbation préalable.
Qui devra valider les demandes de formation?
Si la formation se déroule pendant les heures de travail, l’employeur devra approuver la demande. Si elle se tient en dehors du temps professionnel, un tiers (non précisé dans l’article) devra donner son accord.
Cette mesure existait-elle avant 2018?
Oui, avant la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel en 2018, un mécanisme de validation préalable régissait le CPF. Cette réforme représente donc un retour aux règles d’avant 2018.
Quel est l' objectif du gouvernement avec cette refonte?
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou présente cette mesure comme un levier d’économies budgétaires pour réduire les dépenses du CPF.
Quel impact cette réforme pourrait-elle avoir sur les salariés?
Cette mesure risque de réduire davantage l’accès à la formation continue pour les salariés, fonctionnaires et indépendants en rendant plus difficile l’accès aux formations.