La France à 68 % du PIB par habitant américain, victime d’un retard technologique de trois décennies

Écart technologique France-États-Unis : ordinateurs, laboratoires, innovation numérique comparés

Le PIB par habitant français représente 68 % de celui des États-Unis en 2025, contre 86 % en 1995. Le Conseil d’analyse économique attribue ce décrochage à la productivité du travail, non aux réductions de temps de travail. La raison: 85 % de l’écart provient du retard dans l’adoption des nouvelles technologies.

Le revenu par personne en France s’éloigne de celui des Américains depuis trois décennies. Cette tendance s’accélère même: la productivité du travail a cru de 0,8 % par an entre 1995 et 2025, soit moins qu’aux États-Unis (+1,7 %) et même moins que la zone euro (+1,1 %). Ces dix dernières années, le rythme a fondu à 0,2 % annuel en France, dépassant seulement l’Italie (-0,01 %) mais loin derrière l’Allemagne (+0,64 %), l’Espagne (+0,49 %) et la moyenne européenne (+0,74 %).

Trois décennies de retard technologique

Internet, cloud, données, intelligence artificielle: chaque vague numérique a déjoué les attentes françaises. Le CAE estime que 85 % du décrochage de productivité tient au retard d’adoption de ces technologies. Le problème ne vient pas seulement du manque d’investissement. Si la France avait dépensé autant que les États-Unis dans le numérique depuis 1995, le retard n’aurait été résorbé qu’à 25-50 % en 2005, et à 15-30 % seulement en 2025.

Le vrai nœud: la diffusion inégale des outils dans l’économie. Ce déficit explique 64 % du retard lié au numérique. Depuis le milieu des années 2000, le problème ne vient donc plus d’un sous-investissement global, mais du rendement inférieur de chaque euro dépensé en gains de productivité réelle.

L’IA: une adoption trois fois plus lente qu’au Danemark

L’intelligence artificielle illustre cette traîne. 18 % des entreprises françaises l’ont adoptée (17 % des PME, 58 % des grandes). C’est moins que la moyenne européenne (20 %) et très loin du Danemark (42 %). Les salariés français y recourent aussi moins: 28 % déclarent l’utiliser au travail, contre 43 % aux États-Unis. Quand ils y ont accès, ils s’en servent plus rarement: 7 % du temps de travail, contre 13 % outre-Atlantique.

Manque de compétences, rentabilité floue, craintes cyber ou de souveraineté: les entreprises françaises énumèrent les obstacles. Pour contourner ces freins, des aides existent mais restent trop réduites.

600 millions par an: le plan proposé
600 millions par an: le plan proposé

600 millions par an: le plan proposé

Le CAE suggère un soutien public structuré. D’abord, des subventions directes à la diffusion d’outils numériques. À Singapour, un tiers des PME ont reçu une aide de ce type. Ici, l’effort budgété serait 0,02 % du PIB, soit 600 millions annuels.

Deuxième mesure: désigner un responsable unique de l’IA, interlocuteur clair pour les entreprises et coordinateur des politiques publiques, comme au Royaume-Uni, en Corée du Sud ou à Singapour. Troisième pilier: financer la formation et l’accompagnement pour identifier des cas d’usage concrets et renforcer les compétences numériques internes.

Le CAE promeut aussi un plan « France 2040 » doté de 0,2 point de PIB annuel. Les appels à projets du plan France 2030 actuel produisent des gains d’emploi, d’activité et de R&D mesurables: au bout de trois ans, ils rapportent plus en prélèvements obligatoires que le coût des aides. Le dispositif existe; il s’agit de l’étoffer.

Le Crédit impôt recherche, lui, reçoit une critique: il coûte plus qu’il ne rapporte et favorise les grands groupes. Le CAE juge utile de le redéfinir.

L’enjeu réel: un tiers de revenu perdu

Le manque à gagner chiffré par le CAE est massif. Si la productivité française suivait celle des États-Unis, le revenu par habitant augmenterait d’un tiers. Cela signifie 400 milliards d’euros de recettes publiques supplémentaires chaque année. C’est, constate Xavier Jaravel, président délégué du CAE, « un sujet majeur trop peu présent dans le débat public ».

À retenir

  • Le PIB par habitant français représente 68% de celui des États-Unis en 2025, contre 86% en 1995.
  • L'écart de croissance du PIB par habitant entre France et États-Unis depuis 1995 provient entièrement du décrochage de productivité du travail.
  • La productivité du travail a augmenté de 0,8% par an en France entre 1995 et 2025, contre 1,7% aux États-Unis.
  • 85% du décrochage de productivité français est lié aux technologies numériques: Internet, cloud, données et intelligence artificielle.
  • Seulement 18% des entreprises françaises ont adopté l' intelligence artificielle, contre 20% dans l' Union européenne.

Questions fréquentes

Quel était le PIB par habitant français en pourcentage du PIB par habitant américain en 1995 et en 2025?
En 1995, le PIB par habitant français en parité de pouvoir d’achat équivalait à 86% du PIB par habitant des États-Unis. En 2025, ce pourcentage est tombé à 68%.
Quelle est la cause principale de l'écart de croissance du PIB par habitant entre la France et les États-Unis depuis 1995?
L’intégralité de l’écart de croissance du PIB par habitant entre la France et les États-Unis depuis 1995 relève du décrochage de la productivité du travail.
Quel pourcentage du retard de productivité français est lié aux nouvelles technologies?
Le décrochage de la productivité en France est à 85% lié aux nouvelles technologies.
Quel est le taux d' adoption de l' intelligence artificielle dans les entreprises françaises et américaines?
18% des entreprises françaises ont adopté l’intelligence artificielle, contre 20% dans l’UE. 28% des actifs français déclarent y recourir dans le cadre professionnel, contre 43% aux États-Unis.
Combien de recettes publiques supplémentaires la France générerait-elle en cas de fermeture de l'écart de productivité?
Un tiers de revenu par habitant supplémentaire générerait 400 milliards d’euros de recettes publiques par an.