Le gouvernement français a revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 %, soit la troisième révision en quelques mois. Pendant ce temps, l’Allemagne anticipe 1 %, l’Espagne 2,6 % et l’Italie 0,9 %. Cette divergence reflète des contraintes budgétaires qui freinent la France quand ses voisins retrouvent de la marge de manœuvre.
La France perd du terrain. Après une première prévision de 1 % au début de l’année, le gouvernement de Sébastien Lecornu l’a abaissée à 0,9 % en avril, puis à 0,7 % en juillet, avant de la ramener à 0,5 % cette année. L’écart avec les économies voisines s’est creusé: l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie affichent toutes des perspectives meilleures, selon l’Insee.
Deux crises, deux capacités de réaction
La crise du détroit d’Ormuz a frappé toute l’Europe, mais pas de la même façon. Lionel Fontagné, directeur de l’Institut des politiques macroéconomiques et internationales, explique que les pays voisins disposaient d’une meilleure “capacité de résistance”. La vraie raison: la marge budgétaire. L’Allemagne et l’Espagne ont pu augmenter leur soutien public aux ménages tandis que la France s’en trouvait incapable. “L’État ne peut plus compenser avec le budget public”, résume Fontagné.
Quand la consommation privée des ménages s’effrite et que l’export ne tire pas assez, deux leviers restent: le commerce extérieur et les dépenses publiques. La France n’a pu actionner ni l’un ni l’autre pleinement. L’Allemagne et l’Espagne ont pu activer la consommation publique à fond, devenant le dernier moteur de croissance disponible dans ce contexte.
L’agriculture française a aussi souffert
La crise énergétique n’explique qu’une partie du retard français. La canicule et la sécheresse ont coûté 0,1 point de croissance à la France sur l’année, principalement par leur impact sur la production agricole. L’Espagne s’en est mieux sortie: elle connaît mieux la sécheresse, dispose d’une meilleure irrigation et cultive un mix de produits différent. En France, au-delà du maïs et du tournesol, de nombreuses cultures ont pâti du manque d’eau.
Fontagné note qu’avec le changement climatique, ces épisodes vont se multiplier et méritent une meilleure anticipation en France à l’avenir.

L’Espagne a bénéficié des fonds européens
La croissance espagnole (2,6 %) bénéficie aussi d’une autre source: les fonds de relance européens lancés après le Covid. L’Espagne et l’Italie en ont largement profité, tandis que la France en a retiré moins d’avantages.
Et pour 2027?
Le gouvernement table sur 1 % de croissance l’année prochaine. Fontagné juge l’ambition louable mais cerne deux scénarios possibles: soit la situation revient à la normale avant fin 2026 comme l’affirme Donald Trump, soit la crise perdure. Les dernières évolutions dans la région nourrissent l’incertitude. Cette transparence est nécessaire pour les débats budgétaires à l’Assemblée nationale, mais Fontagné souligne que tous les éléments disponibles soulèvent des questions sur la capacité à maintenir le déficit public au niveau annoncé au départ.
Pour la France, une lueur: la reprise de l’Allemagne et l’Espagne reste une bonne nouvelle. Ces économies moteurs tirent vers le haut les exportations françaises puisque la zone euro fonctionne comme un ensemble intégré. Plus vite les voisins sortiront de la crise, meilleures seront les perspectives françaises.
À retenir
- Le gouvernement français révise sa prévision de croissance 2026 à 0,5%, contre 1% initialement prévu.
- La France décroche par rapport à ses voisins: Allemagne 1%, Espagne 2,6%, Italie 0,9% en 2026.
- L'État français manque de marge budgétaire pour compenser la crise du détroit d' Ormuz contrairement à l' Allemagne et l' Espagne.
- La canicule a coûté 0,1 point de croissance à la France, principalement via l' impact agricole.
- L' Espagne et l' Italie ont davantage bénéficié du plan de relance européen post-Covid que la France.
Questions fréquentes
- À quel pourcentage le gouvernement français a-t-il révisé sa prévision de croissance pour 2026?
- Le gouvernement français anticipe une croissance de 0,5% en 2026, contre 1% prévu au départ.
- Comment les prévisions de croissance 2026 de la France se comparent-elles à celles de ses voisins européens?
- L’Allemagne atteindrait 1% de croissance, l’Espagne serait à 2,6% et l’Italie à 0,9%, selon l’Insee.
- Pourquoi la France a-t-elle une croissance inférieure à ses voisins selon l'économiste Lionel Fontagné?
- La charge de la dette française et le caractère impécunieux du budget public se sont combinés pour limiter la capacité de l’État à compenser l’effet récessif provoqué par la crise du détroit d’Ormuz. L’Allemagne et l’Espagne ont une plus grande marge de manœuvre budgétaire et ont pu actionner davantage le moteur de la consommation publique.
- Quel autre facteur a impacté la croissance française en 2026 selon l' Insee?
- La canicule aurait coûté 0,1 point de croissance à l’économie sur l’année, principalement en raison de son impact sur la production agricole.
