TotalEnergies face aux députés, 2 impôts contestés, Patrick Pouyanné défend sa stratégie fiscale face aux critiques parlementaires

Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, s'exprime à l'assemblée parlementaire face aux députés critiques.

Patrick Pouyanné, patron de TotalEnergies, rejette les accusations de double taxation en réponse aux députés. Le groupe dénonce une imposition qui frappe la même marge commerciale plusieurs fois, notamment sur le plafonnement des prix du carburant qui a coûté 200 millions d’euros à l’entreprise.

Les tensions entre TotalEnergies et le Parlement français s’intensifient autour de la fiscalité énergétique. Face aux critiques parlementaires portant sur les « superprofits » du groupe et sa charge fiscale en France, Patrick Pouyanné répond par une contre-attaque argumentée: l’entreprise subit une imposition répétée du même revenu, un problème structurel qui dépasse le simple débat politique sur les marges pétrolières.

Le plafonnement des carburants, un coût caché de 200 millions

La mesure de plafonnement des prix à la pompe, mise en place pour protéger les ménages français, a directement grevé les comptes de TotalEnergies à hauteur de 200 millions d’euros. Cette intervention tarifaire, bien que populaire auprès des consommateurs, représente une perte sèche pour le groupe pétrolier, qui ne peut répercuter la totalité de ses coûts d’approvisionnement. Le patron du groupe soulève ici un enjeu fiscal complexe: l’entreprise perd une marge commerciale légitime, mais continue de payer l’impôt sur les bénéfices sur cette même activité déficitaire. En clair, l’État récupère une part de la richesse que TotalEnergies n’a pas effectivement créée.

La double imposition, un reproche devenu récurrent

La formule employée par Patrick Pouyanné – « on ne peut pas vouloir nous prendre deux fois le même argent » – synthétise un problème fiscal que le groupe pointe régulièrement. TotalEnergies affirme être imposée sur des revenus qui sont partiellement annulés par des mesures de politique publique, créant ainsi une cascade de prélèvements sur un seul et même flux économique. Cette critique revêt une dimension plus large que la seule question des superprofits: elle interroge la cohérence entre les politiques de régulation des prix et les règles fiscales applicables. Quand l’État plafonne les tarifs pour des raisons d’intérêt général, il transfère le coût à l’entreprise, qui reste néanmoins redevable d’impôts calculés avant cette réduction de revenu.

L’absence quasi-totale d’impôt sur les bénéfices: une stratégie légale sous surveillance

Les questions parlementaires mettent l’accent sur un point sensible: TotalEnergies échappe quasiment à l’impôt sur les bénéfices en France. Ce phénomène, légal sous le régime fiscal français et souvent observé dans le secteur énergétique, résulte d’une combinaison de facteurs: amortissements élevés, provisions, et pertes compensables d’exercices antérieurs. Le groupe semble utiliser pleinement l’arsenal fiscal français pour minimiser sa charge d’impôt sur les sociétés. Pouyanné conteste implicitement que ce système soit anormal en arguant que les prélèvements successifs – via les prix plafonnés, les contributions sectorielles et autres taxes – absorbent déjà massivement sa profitabilité.

Iran, carburants et superprofits: une défense multidimensionnelle

Face aux députés, le patron de TotalEnergies a dû justifier sa gestion sur plusieurs fronts simultanés. Au-delà des enjeux fiscaux, les questions parlementaires portent sur les superprofits énergétiques réalisés durant les crises de prix, ainsi que les implications géopolitiques (notamment vis-à-vis de l’Iran). Pouyanné défend une vision où la profitabilité du groupe est légitime, d’une part car elle finance les investissements énergétiques et la transition, d’autre part car elle est déjà largement amputée par les politiques publiques françaises, dont le plafonnement des carburants. Cette argumentation repositionne le débat: TotalEnergies ne serait pas une entreprise échappant à ses devoirs fiscaux, mais une entité aux marges contractées par des mesures de régulation.

Le bras de fer entre le groupe et le Parlement révèle un déséquilibre récurrent entre les objectifs de politique énergétique (maîtrise des prix) et les mécanismes de fiscalité des entreprises. La réaction de Patrick Pouyanné soulève une vraie question: comment concilier une politique de contrôle tarifaire avec une imposition cohérente, sans créer de situations où le même revenu est prélevé plusieurs fois sous des formes différentes?