Certificats d’économies d’énergie maintenus, carburants impactés, 2 milliards d’euros investis, ce qui change pour votre portefeuille

Portefeuille avec billets et pièces, symboles énergie et carburant visibles

Les certificats d’économies d’énergie (CEE) restent intouchables malgré la pression des distributeurs et l’envolée des prix à la pompe. Cette taxe de 15 centimes par litre rapporte 8 milliards d’euros annuels au budget de la transition énergétique.

La porte-parole du gouvernement a fermé la porte à toute révision du dispositif des certificats d’économies d’énergie, rejetant la proposition de Michel-Édouard Leclerc de suspendre temporairement cette contribution. Le président des centres E.Leclerc estimait qu’une telle mesure pourrait faire baisser les prix des carburants de 15 centimes par litre, offrant un répit aux automobilistes français face à une inflation persistante.

Cette prise de position gouvernementale intervient dans un contexte de tensions croissantes autour du prix des carburants, qui ont augmenté de 12 % depuis le début de l’année 2026. Les CEE, mécanisme créé en 2005, obligent les fournisseurs d’énergie à financer des actions d’efficacité énergétique chez leurs clients ou à acheter des certificats équivalents.

8 milliards d’euros de recettes annuelles pour l’État français

Le dispositif des certificats d’économies d’énergie génère actuellement 8 milliards d’euros de recettes annuelles pour le budget de l’État, selon les données du ministère de la Transition écologique. Cette somme finance directement les programmes de rénovation énergétique des bâtiments, les aides à l’achat de véhicules électriques et les subventions aux entreprises pour leurs investissements verts.

La répartition de ces fonds illustre l’importance stratégique du dispositif : 3,2 milliards d’euros sont consacrés à la rénovation du parc immobilier résidentiel, 2,1 milliards aux aides à la mobilité électrique et 1,8 milliard aux programmes industriels de décarbonation. Le solde finance les frais de gestion et les nouveaux dispositifs expérimentaux.

Pour les distributeurs de carburants, cette contribution représente un coût direct répercuté sur les consommateurs. Total Énergies et BP France versent respectivement 1,2 milliard et 800 millions d’euros annuels au titre de cette obligation, montants qu’ils intègrent mécaniquement dans leurs prix de vente.

L’argument avancé par Michel-Édouard Leclerc trouve ici sa justification économique : une suspension temporaire réduirait immédiatement la structure de coûts des distributeurs, permettant théoriquement une baisse équivalente des prix à la pompe. Mais le gouvernement privilégie la continuité du financement de la transition énergétique sur le soulagement immédiat des automobilistes.

Les distributeurs intensifient leur opposition au projet d’encadrement des marges

Parallèlement au débat sur les CEE, les grands distributeurs de carburants montent au créneau contre le projet gouvernemental d’encadrement des marges des stations-service. Intermarché, Leclerc et Système U dénoncent une mesure qui, selon eux, fragiliserait l’équilibre économique de leurs points de vente carburants.

Les marges actuelles des grandes surfaces sur les carburants oscillent entre 8 et 12 centimes par litre, selon les données professionnelles. Le projet d’encadrement viserait à plafonner ces marges à 6 centimes maximum, soit une réduction potentielle de 50 % des revenus générés par cette activité.

Cette opposition s’appuie sur un argument structurel : les stations-service des grandes surfaces fonctionnent souvent à l’équilibre, voire en déficit, leur rentabilité provenant des achats complémentaires effectués en magasin par les clients venus faire le plein. Réduire les marges carburants risquerait, selon les distributeurs, de remettre en cause ce modèle économique intégré.

La Fédération du commerce et de la distribution a chiffré l’impact potentiel : 15 000 emplois pourraient être menacés dans le secteur, principalement dans les zones rurales où les stations-service des hypermarchés constituent souvent les derniers points de vente de carburants accessibles aux automobilistes.

Vers une indemnité individualisée pour compenser la hausse des prix
Vers une indemnité individualisée pour compenser la hausse des prix

Vers une indemnité individualisée pour compenser la hausse des prix

Face aux résistances sur les leviers fiscaux et réglementaires, le gouvernement explore une troisième voie : la création d’une indemnité carburant individualisée. Ce dispositif ciblerait les ménages les plus exposés à la hausse des prix, notamment les résidents des zones rurales contraints d’utiliser leur véhicule pour leurs déplacements professionnels.

Les premiers chiffrages évoquent une aide de 200 à 400 euros par an selon les situations, versée directement aux bénéficiaires identifiés via leurs déclarations fiscales. Le critère principal serait la distance domicile-travail, complété par le niveau de revenus et l’absence d’alternative de transport en commun.

Cette approche présente l’avantage de cibler l’aide sans perturber les mécanismes de marché ni compromettre le financement de la transition énergétique. Mais elle soulève des questions de financement : le coût budgétaire est estimé à 3,5 milliards d’euros annuels pour couvrir 8 millions de ménages éligibles.

La mise en œuvre technique pose également défi. L’administration fiscale devrait développer de nouveaux outils de calcul automatisé pour déterminer l’éligibilité et le montant de l’aide, en croisant données géographiques, fiscales et de transport. Un délai de 18 mois serait nécessaire pour rendre le système opérationnel, selon les estimations de Bercy.

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