ThrustMe, startup rennaise de 25 salariés, s’apprête à effectuer le premier vol d’essai de son satellite équipé d’un propulseur électrique entièrement développé en France. Cette technologie de rupture pourrait révolutionner la propulsion spatiale commerciale européenne.
Fondée en 2017 par trois ingénieurs issus de l’École polytechnique, ThrustMe s’impose progressivement comme un acteur incontournable de la propulsion spatiale miniaturisée. Son premier démonstrateur orbital, prévu pour le premier trimestre 2026, embarquera un système de propulsion électrique d’une puissance de 50 watts capable de modifier l’orbite de satellites de petite taille.
Cette technologie répond à un besoin croissant du marché spatial : permettre aux CubeSats et autres nanosatellites de manœuvrer en orbite, prolongeant ainsi leur durée de vie opérationnelle de plusieurs années. Jusqu’à présent, ces engins restaient tributaires de leur orbite initiale, limitant considérablement leurs applications commerciales.
Un marché de la propulsion spatiale évalué à 8 milliards d’euros d’ici 2030
Le secteur de la propulsion spatiale connaît une croissance exceptionnelle. Selon les projections de Northern Sky Research, ce marché devrait atteindre 8,2 milliards d’euros en 2030, contre 4,1 milliards en 2023. Cette expansion s’explique par la démocratisation de l’accès à l’espace et la multiplication des constellations de satellites.
ThrustMe se positionne sur le segment des propulseurs électriques de faible puissance, une niche technologique dominée jusqu’à présent par des acteurs américains comme Accion Systems et Phase Four. L’entreprise bretonne revendique une approche différenciante basée sur l’utilisation d’ergols solides, plus simples à stocker et manipuler que les ergols liquides traditionnels.
La startup a déjà levé 3,2 millions d’euros auprès d’investisseurs européens, dont le fonds spécialisé Boundary Layer Capital. Ces fonds permettront de financer la production des premiers systèmes commerciaux, avec un objectif de 50 unités livrées en 2026.
L’entreprise mise sur un positionnement prix agressif : ses propulseurs sont commercialisés entre 15 000 et 25 000 euros l’unité, soit environ 30 % de moins que la concurrence américaine. Cette stratégie tarifaire s’appuie sur une chaîne de production localisée en Bretagne et des partenariats avec des fournisseurs français.
Une technologie validée par l’Agence spatiale européenne depuis 2019
Le système développé par ThrustMe repose sur une technologie de propulsion électrique à effet Hall, adaptée aux contraintes des petits satellites. Contrairement aux propulseurs chimiques classiques, cette solution ionise un gaz neutre pour créer un plasma qui génère la poussée nécessaire aux manœuvres orbitales.
L’Agence spatiale européenne (ESA) a validé cette technologie lors d’une mission d’essai en 2019, démontrant la capacité du système à fonctionner en environnement spatial réel. Les tests ont confirmé une efficacité énergétique supérieure de 40 % par rapport aux solutions concurrentes, grâce à l’optimisation de la chambre d’ionisation.
L’innovation principale de ThrustMe réside dans l’utilisation d’iode solide comme ergol, remplaçant le xénon gazeux traditionnellement employé. Cette substitution simplifie considérablement le stockage et réduit les coûts de production, tout en maintenant des performances comparables.
La startup travaille également sur une version miniaturisée de son propulseur, destinée aux CubeSats 1U (satellites de 10 cm de côté). Cette déclinaison, prévue pour 2027, ouvrirait le marché des nanosatellites universitaires et de recherche, estimé à plus de 2 000 unités par an au niveau mondial.

La France rattrape son retard face aux géants américains SpaceX et Rocket Lab
Cette percée technologique s’inscrit dans une dynamique plus large de renaissance de l’industrie spatiale française. Longtemps dominé par les acteurs institutionnels comme Arianespace, le secteur spatial français voit émerger une nouvelle génération d’entreprises privées spécialisées dans les services spatiaux commerciaux.
ThrustMe rejoint ainsi les rangs de startups prometteuses comme Unseenlabs (surveillance maritime par satellite) ou Kinéis (Internet des objets spatial), qui totalisent ensemble plus de 150 millions d’euros de financements levés depuis 2020.
L’entreprise rennaise bénéficie du soutien du Centre national d’études spatiales (CNES) et de la région Bretagne, qui ont cofinancé les phases de développement technologique. Cette collaboration public-privé illustre la volonté française de rattraper son retard sur l’écosystème spatial américain, particulièrement dynamique depuis l’émergence de SpaceX.
Le premier vol d’essai de ThrustMe sera lancé depuis la base de Kourou à bord d’un lanceur Vega-C, marquant symboliquement l’engagement européen dans cette course technologique. Le succès de cette mission conditionnerait l’obtention de nouveaux financements pour accélérer la commercialisation internationale du système.