Rachel Picard, diplômée d’HEC et créatrice de Ouigo, lance Velvet, une nouvelle compagnie ferroviaire qui défie la SNCF. Premier TGV réceptionné chez Alstom à La Rochelle, lancement prévu en 2028 sur l’axe Atlantique vers Rennes, Bordeaux, Angers et Nantes.
Le secteur ferroviaire français s’apprête à connaître une rupture historique. Rachel Picard, figure emblématique du transport qui a révolutionné le TGV avec Ouigo, prépare un nouveau coup de force avec Velvet, sa compagnie ferroviaire privée. Le premier train vient d’être réceptionné sur le site Alstom de La Rochelle, marquant une étape cruciale vers le lancement commercial prévu en 2028.
L’ancienne dirigeante de la SNCF, passée par les bancs d’HEC, ne cache pas ses ambitions : faire trembler son ancien employeur sur ses propres rails. Avec Velvet, elle vise directement l’axe Atlantique, une ligne stratégique reliant la capitale aux métropoles de l’Ouest.
Un calendrier serré mais respecté selon Alstom
Chez Alstom, constructeur des futurs TGV Velvet, l’optimisme règne. “Les délais sont tenus”, assure l’industriel français depuis son usine de La Rochelle. Cette ponctualité dans la livraison constitue un signal fort envoyé au marché : Velvet dispose des moyens techniques et financiers pour tenir ses engagements.
La réception de ce premier TGV marque l’aboutissement de mois de négociations et de développement technique. Contrairement aux trains standardisés de la SNCF, les rames Velvet ont été conçues selon un cahier des charges spécifique, intégrant les exigences d’une compagnie privée en quête de différenciation.
Pour Rachel Picard, cet événement valide une stratégie audacieuse : prouver qu’un acteur privé peut rivaliser avec l’opérateur historique, y compris sur le plan industriel. Le pari technique semble réussi, reste à convaincre les voyageurs.
Rennes, Bordeaux, Angers et Nantes dans le viseur
La stratégie géographique de Velvet se dessine avec précision. Rennes, Bordeaux, Angers et Nantes : quatre destinations qui forment l’épine dorsale de l’offre commerciale prévue dès 2028. Ce choix n’est pas le fruit du hasard.
L’axe Atlantique représente l’une des lignes les plus rentables du réseau français, avec un trafic dense entre Paris et les métropoles de l’Ouest. En s’y positionnant, Velvet s’attaque directement au cœur financier de la SNCF, là où les marges sont les plus confortables.
Cette sélection révèle une approche pragmatique : plutôt que de disperser ses forces sur l’ensemble du territoire, la nouvelle compagnie concentre ses moyens sur un corridor à fort potentiel. Une tactique déjà éprouvée par les compagnies aériennes low-cost, qui ont prospéré en ciblant les liaisons les plus demandées.

Pas de guerre des prix selon La Tribune
Contrairement aux attentes, Velvet ne promet pas des billets moins chers, révèle La Tribune. Cette position surprend dans un secteur où la concurrence se joue traditionnellement sur les tarifs. Rachel Picard semble miser sur une autre approche : la qualité de service plutôt que la guerre des prix.
Cette stratégie tarifaire interroge sur le positionnement réel de Velvet. En renonçant à l’argument prix, la compagnie se prive d’un levier d’attractivité majeur face à la SNCF. Elle mise apparemment sur une clientèle prête à payer pour une expérience différente, plus personnalisée.
Le pari est risqué dans un contexte d’inflation et de pression sur le pouvoir d’achat. Mais il reflète une vision assumée : créer une marque premium du transport ferroviaire, à l’image de ce qu’Air France a tenté face aux compagnies low-cost.
2028, année de vérité pour la libéralisation ferroviaire
Le lancement de Velvet en 2028 coïncidera avec la pleine ouverture du marché ferroviaire français à la concurrence. Un timing calculé qui permet à Rachel Picard de se positionner comme pionnière de cette révolution.
L’enjeu dépasse le simple duel Velvet-SNCF. Il s’agit de tester la capacité du modèle français à s’adapter à la concurrence européenne. D’autres opérateurs étrangers observent attentivement cette expérience, prêts à investir le marché hexagonal si l’aventure Velvet s’avère concluante.
Pour la SNCF, l’arrivée de cette concurrence directe représente un défi existentiel. L’opérateur historique devra repenser son modèle économique, ses services et sa relation client pour conserver sa position dominante face à une entrepreneuse qui connaît parfaitement ses forces et ses faiblesses.