Stellantis annonce la fin de la production automobile sur son site de Poissy d’ici 2029, s’inspirant du modèle de reconversion développé par Renault à Flins. L’usine des Yvelines, qui emploie actuellement 2 700 salariés, se transformera en centre de services et de logistique sans suppression d’emplois selon la direction.
Cette décision illustre la mutation profonde que traverse l’industrie automobile française face à la transition énergétique et à la concurrence asiatique. Le site de Poissy, historiquement dédié à la production de véhicules légers depuis 1938, rejoindra ainsi la liste des usines françaises contraintes de repenser leur modèle économique pour survivre.
Renault Flins comme modèle de transformation industrielle réussie
La stratégie de Stellantis pour Poissy s’appuie directement sur l’expérience menée par Renault à Flins depuis 2020. L’usine des Yvelines du losange a cessé sa production automobile pour devenir Re-Factory, un site spécialisé dans l’économie circulaire et la mobilité électrique. Cette reconversion a permis de maintenir 1 600 emplois sur les 2 500 initialement menacés.
Le modèle Flins repose sur trois piliers : la remise en état de véhicules d’occasion, le recyclage de batteries électriques et la formation aux métiers de la transition énergétique. Ces activités génèrent des marges plus élevées que l’assemblage traditionnel, tout en répondant aux nouvelles réglementations européennes sur l’économie circulaire.
Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, avait déjà évoqué cette approche lors de la présentation des résultats semestriels : “Nous devons transformer nos sites industriels en centres de valeur ajoutée, pas seulement en lignes d’assemblage.” La visite de dirigeants de Stellantis à Flins en novembre 2025 a formalisé cette stratégie de benchmarking.
L’engagement de maintenir l’emploi sans licenciement représente un défi managérial majeur. Il implique la requalification massive des 2 700 collaborateurs actuels, dont 60% d’ouvriers spécialisés dans l’assemblage automobile. Les syndicats, initialement inquiets, saluent cette approche mais demandent des garanties écrites sur les évolutions de carrière et les niveaux de rémunération.
Un déclin industriel de 27 000 à 10 000 emplois en vingt ans
La transformation de Poissy s’inscrit dans une trajectoire de déclin de l’emploi industriel automobile français. Le site, qui comptait 27 000 salariés à son apogée dans les années 1980, n’en emploie plus que 2 700 aujourd’hui. Cette érosion reflète la délocalisation progressive de la production vers les pays à bas coûts et l’automatisation croissante des chaînes de montage.
Les chiffres du secteur automobile français illustrent cette tendance : entre 2005 et 2025, l’Hexagone a perdu 180 000 emplois dans la filière, soit 35% des effectifs. Parallèlement, la production annuelle de véhicules a chuté de 3,5 millions d’unités en 2005 à 1,8 million en 2025, selon les données du Comité des constructeurs français d’automobiles.
Poissy illustre parfaitement cette mutation. L’usine produisait 400 000 véhicules par an dans les années 1990, principalement des Peugeot 205 puis 206. Aujourd’hui, elle assemble les DS 3 Crossback et Opel Mokka, pour un volume de 120 000 unités annuelles seulement.
Cette baisse de cadence s’explique par la stratégie de montée en gamme de Stellantis, qui privilégie les marques premium comme DS aux volumes plus faibles mais aux marges supérieures. Or cette stratégie atteint ses limites : les ventes de DS stagnent à 35 000 unités en Europe en 2025, loin des objectifs de 100 000 véhicules initialement visés.

Les défis de la reconversion : formation et viabilité économique
La réussite de la transformation de Poissy dépendra largement de sa capacité à former ses salariés aux nouveaux métiers. Stellantis prévoit un investissement de 50 millions d’euros sur trois ans pour la requalification professionnelle, en partenariat avec l’AFPA et plusieurs écoles d’ingénieurs franciliennes.
Les nouvelles activités envisagées incluent la maintenance de flottes électriques, la remanufacturation de composants automobiles et la logistique de pièces détachées pour l’après-vente européen. Ces secteurs présentent l’avantage d’être moins exposés à la concurrence internationale et de bénéficier d’une demande croissante liée au vieillissement du parc automobile européen.
L’équilibre économique reste toutefois incertain. Selon une analyse de McKinsey, les activités de services automobiles génèrent des marges de 8 à 12%, contre 3 à 5% pour l’assemblage traditionnel. Mais elles nécessitent aussi des investissements technologiques importants et une main-d’œuvre plus qualifiée.
La direction de Stellantis table sur un retour à l’équilibre financier du site d’ici 2032, soit trois ans après l’arrêt de la production automobile. Cette projection intègre les coûts de reconversion et les investissements en équipements spécialisés, estimés à 120 millions d’euros au total.
L’enjeu dépasse le seul cas de Poissy : il s’agit de démontrer qu’une reconversion industrielle réussie est possible en France, dans un secteur en pleine mutation. Le succès ou l’échec de cette transformation influencera directement les décisions futures concernant les autres sites européens de Stellantis, notamment Sochaux et Mulhouse, eux aussi confrontés à des surcapacités structurelles.