Les entreprises françaises prévoient 2,1 millions de recrutements en 2026, soit une baisse de 6,5 % par rapport à 2025 selon France Travail. Cette contraction, la plus marquée depuis 2018, touche particulièrement le bâtiment et le numérique.
Le marché de l’emploi français amorce un virage. Après plusieurs années d’expansion, les intentions de recrutement des entreprises fléchissent nettement pour 2026. Une évolution qui reflète les incertitudes économiques et la normalisation post-Covid du marché du travail.
Le bâtiment et le numérique en première ligne de la contraction
La chute des intentions de recrutement ne frappe pas uniformément tous les secteurs. Le BTP enregistre la baisse la plus spectaculaire, avec une diminution attendue de 15 % des embauches. Un retournement brutal pour un secteur qui avait bénéficié des plans de relance et de la hausse des prix de l’immobilier.
Le secteur du numérique et des télécommunications suit cette tendance baissière. Après des années de croissance effrénée, ces entreprises ajustent leurs effectifs face à un ralentissement de la demande et à la fin de l’effet rattrapage numérique. Les start-ups, particulièrement touchées par le resserrement des conditions de financement, reportent leurs projets d’embauche.
Cette contraction s’explique également par l’évolution des besoins technologiques. L’automatisation croissante et l’intégration de l’intelligence artificielle modifient les profils recherchés, réduisant mécaniquement le volume global des recrutements dans certaines spécialités.
Les entreprises privilégient désormais les CDD courts aux CDI, traduisant une prudence accrue face aux incertitudes économiques. Cette stratégie permet une flexibilité maximale mais interroge sur la qualité de l’emploi proposé.
La santé maintient le cap avec 168 300 embauches prévues
À contre-courant de la tendance générale, le secteur de la santé maintient ses intentions de recrutement à un niveau élevé. Avec 168 300 embauches attendues, il confirme son statut de locomotive de l’emploi français. Cette résilience s’explique par des besoins structurels liés au vieillissement démographique et aux départs en retraite massifs dans la profession.
Les établissements hospitaliers recherchent prioritairement des infirmiers et des aides-soignants, métiers en tension chronique. Les maisons de retraite et les services de soins à domicile alimentent également cette demande soutenue.
Le secteur bénéficie par ailleurs des investissements publics dans le système de santé, notamment le plan “Ma Santé 2022” prolongé jusqu’en 2026. Ces financements permettent l’ouverture de nouveaux postes, particulièrement dans les territoires sous-dotés.
Paradoxalement, cette forte demande ne se traduit pas par une amélioration significative des conditions salariales. Les contraintes budgétaires du système de santé limitent les revalorisations, maintenant les difficultés de recrutement dans certaines spécialités.

Un retour aux niveaux pré-pandémie qui interroge sur l’avenir
Cette baisse de 6,5 % ramène les intentions de recrutement à leur niveau de 2018, avant l’accélération post-Covid. Une normalisation qui masque des transformations profondes du marché du travail français. Les entreprises repensent leurs besoins en main-d’œuvre face à la digitalisation accélérée et aux nouveaux modes d’organisation du travail.
Le télétravail généralisé modifie les stratégies de recrutement. Les entreprises élargissent leurs bassins de candidats au-delà des métropoles, mais réduisent simultanément leurs besoins en personnel administratif et logistique.
Cette contraction intervient dans un contexte de plein emploi relatif, avec un taux de chômage proche de 7 %. Une situation paradoxale qui témoigne d’un décalage croissant entre l’offre et la demande de compétences. Les entreprises peinent à recruter sur certains profils techniques tout en réduisant leurs intentions globales d’embauche.
Les politiques publiques d’emploi devront s’adapter à cette nouvelle donne. La formation professionnelle et la reconversion deviennent cruciales pour accompagner les transitions sectorielles et maintenir l’employabilité de la population active face à ces mutations structurelles.