Les infirmiers libéraux du Gard stoppent les nouveaux soins à domicile, victimes collatérales de la flambée des prix à la pompe
Les professionnels de santé libéraux franchissent un cap critique dans leur mobilisation contre la hausse des carburants. Dans le Gard, les infirmiers ont suspendu la prise en charge de nouveaux patients nécessitant des soins à domicile, faute de pouvoir absorber les coûts de déplacement qui explosent leurs budgets.
Cette décision radicale illustre l’onde de choc que provoque la hausse continue des prix à la pompe sur les secteurs les plus mobiles de l’économie. Les infirmiers libéraux parcourent en moyenne 50 à 80 kilomètres par jour pour assurer leurs tournées, transformant chaque centime d’augmentation en charge financière insoutenable.
Un modèle économique à bout de souffle face aux coûts de transport
Le calcul est implacable pour ces professionnels de santé. Avec un tarif de consultation à domicile fixé par l’Assurance maladie à 3,15 euros pour un acte infirmier de base, les marges se réduisent comme peau de chagrin. L’essence à 1,80 euro le litre grignote désormais jusqu’à 40% de leurs revenus liés aux déplacements.
Marie Dubois, infirmière libérale depuis quinze ans dans la région nîmoise, détaille l’équation impossible : “Entre l’usure du véhicule, l’assurance professionnelle et maintenant les carburants, je travaille parfois à perte sur certains patients éloignés. C’est devenu intenable.”
Cette situation touche particulièrement les zones rurales où les distances entre patients s’allongent. Les infirmiers doivent désormais choisir entre rentabilité et service public, un dilemme qui compromet l’accès aux soins pour les populations les plus fragiles.
Quand les distributeurs se mobilisent contre le plafonnement des marges
Pendant que les professions mobiles s’étranglent, les acteurs de la distribution de carburants montent au créneau contre les mesures gouvernementales. Les distributeurs ont adressé une “lettre au vitriol” à Matignon pour dénoncer le projet de plafonnement des marges évoqué par le gouvernement.
Leur argument : la marge nette sur les carburants ne dépasse pas 2 à 3 centimes par litre après déduction des charges fixes des stations-service. Michel-Edouard Leclerc propose une alternative en suggérant la suspension des certificats d’économies d’énergie, une taxe qui pourrait faire baisser les prix “de 15 centimes”.
Cette bataille révèle la complexité de la chaîne de valeur des carburants. Entre les taxes représentant près de 60% du prix final, les coûts de raffinage et les marges de distribution, chaque acteur rejette la responsabilité sur les autres maillons de la chaîne.
L’effet domino sur l’ensemble des services mobiles
L’exemple des infirmiers du Gard préfigure une crise plus large qui touche tous les secteurs nécessitant des déplacements professionnels. Les artisans, les techniciens de maintenance et les livreurs subissent la même pression sur leurs marges opérationnelles.
Les entreprises de services à la personne enregistrent déjà une baisse de 15% de leur activité depuis le début de l’année, contraintes de répercuter les surcoûts sur des clients souvent peu solvables. Cette spirale menace l’emploi dans des secteurs créateurs de lien social.
Les collectivités locales s’inquiètent également de voir se creuser les déserts médicaux. Quand les professionnels de santé renoncent aux tournées les moins rentables, ce sont les patients âgés et dépendants qui perdent leur accès aux soins de proximité.
Des solutions d’urgence pour préserver l’accès aux soins
Face à cette urgence sanitaire, plusieurs pistes d’action émergent. L’Ordre des infirmiers plaide pour une revalorisation immédiate des indemnités kilométriques, gelées depuis 2019 malgré l’inflation des coûts de transport.
Certaines Agences régionales de santé étudient la mise en place de “primes carburant” pour les professionnels intervenant en zones sous-médicalisées. Un dispositif qui nécessiterait un financement public estimé à 50 millions d’euros au niveau national.
L’optimisation des tournées grâce aux outils numériques représente aussi une voie d’économies. Les logiciels de géolocalisation permettent de réduire les kilomètres parcourus de 20 à 30%, atténuant partiellement l’impact de la hausse des carburants.
La mutualisation des déplacements entre professionnels de santé constitue une autre approche prometteuse. Des expérimentations de “maisons de santé mobiles” voient le jour, regroupant médecins, infirmiers et kinésithérapeutes pour optimiser les circuits de soins à domicile.