L’Espagne a ramené sa dette publique à 99,9 % de son PIB en juillet 2025, soit une baisse de 25 points en cinq ans. Un succès relatif qui contraste avec la France, où la dette devrait atteindre 119,3 % en 2026 et 121,7 % en 2027. Croissance, tourisme et régularisations massives expliquent ce redressement.
En 2021, la dette espagnole atteignait 124 % du PIB. Elle vient de franchir le seuil symbolique des 100 %, d’après les chiffres de juillet 2025. La France, elle, grimpe: elle s’établit actuellement à 117 % et devrait atteindre 119,3 % en 2026 selon les prévisions de Bercy. Ce basculement a des conséquences immédiates sur les marchés. Madrid emprunte à 4 % sur dix ans, tandis que Paris paie 4,6 %. L’écart se matérialise en coûts financiers différenciés pour les deux États.
La croissance comme moteur
Le facteur principal du désendettement espagnol est la croissance économique. L’Espagne affiche une croissance de 2,8 % en 2025, contre une prévision de 0,4 % en France. Jésus Castillo, économiste spécialiste de l’Europe du Sud chez Natixis, désigne la croissance comme le moteur du redressement. Le tourisme y joue un rôle majeur: l’Espagne a engrangé 134,7 milliards d’euros de recettes touristiques en 2025 (+ 6 % par rapport à l’année antérieure). La France affiche un total moins élevé – 77,5 milliards – malgré une hausse de 9 %. Paradoxalement, la France accueille plus de visiteurs (102 millions en 2025), mais les touristes espagnols restent plus longtemps sur place.
Le déficit public espagnol atteint 2,18 % du PIB. En France, le gouvernement prévoit 5,4 % pour 2026 – trois points d’écart qui offre à Madrid une marge politique que n’a pas le Premier ministre français Sébastien Lecornu face aux arbitrages budgétaires.
Des salaires inférieurs, des augmentations stratégiques
Les salaires espagnols restent inférieurs aux salaires français. La durée légale de travail explique aussi une partie de l’écart: 40 heures en Espagne contre 35 heures en France.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sánchez en 2018, le salaire minimum espagnol a augmenté de façon soutenue. Une hausse de 22 % est intervenue dès 2019. L’écart avec le salaire minimum français s’est rétréci: de 57 % en 2018, il est passé à 76 % en 2026. Ces augmentations salariales ont alimenté la croissance interne sans étouffer l’emploi – le chômage espagnol s’est établi à 9,93 % au quatrième trimestre 2025, descendant pour la première fois depuis 2008 en dessous de la barre des 10 %.

L’immigration comme amortisseur économique
L’Espagne a annoncé un plan de régularisation de plus de 500 000 travailleurs étrangers en 2026, concernant des personnes présentes sur le territoire avant décembre 2025, invoquant les besoins de main-d’œuvre dans des secteurs sous tension: restauration, bâtiment, et autres secteurs tirés par la demande touristique. Le patronat espagnol, représenté par la CEOE, a soutenu cette approche. La régularisation massive a contribué à soutenir l’une des économies les plus dynamiques d’Europe sans créer de goulots d’étranglement sectoriels.
La France emprunte une trajectoire inverse. L’immigration est un enjeu politique majeur du pays, avec des appels politiques pour en réduire les flux.
Le problème commun du budget
Les deux pays partagent une faiblesse structurelle: l’absence de majorité parlementaire stable. Pedro Sánchez gouverne en coalition depuis 2023, sans majorité pour voter un budget. L’Espagne fonctionne depuis trois ans sur le budget de 2023, reconduit chaque année en vertu de la constitution. Sébastien Lecornu a obtenu de justesse le vote du budget 2025 en convainquant le Parti socialiste de ne pas censurer le gouvernement. Rien n’indique qu’il parviendra à reproduire ce scénario en 2026. Le gouverneur de la Banque de France et la Cour des comptes tirent chacun la sonnette d’alarme sur cette impasse budgétaire chronique.
À retenir
- La dette publique espagnole est passée sous 100 % du PIB en juillet 2025, à 99,9 %.
- En cinq ans, l' Espagne a réduit son ratio d' endettement de 25 points, passant de 124 % en 2021.
- La France affiche une dette de 117 % du PIB en 2025, prévue à 120 % fin 2026.
- L' Espagne bénéficie d' un taux d' emprunt sur dix ans de 4 % contre 4,6 % pour la France.
- La croissance espagnole atteint 2,3 % en 2025 contre 0,4 % seulement en France.
Questions fréquentes
- Quel est le niveau actuel de la dette publique espagnole et française?
- La dette publique espagnole est passée sous les 100 % du PIB en juillet 2025, atteignant 99,9 %, tandis que la dette française s’élève à 117 % du produit intérieur brut.
- De combien la dette espagnole a-t-elle diminué en cinq ans?
- En cinq ans, le ratio d’endettement de l’Espagne a chuté de près de 25 points, passant de plus de 124 % en 2021 à 99,9 % en juillet 2025.
- Quels sont les taux d' emprunt sur dix ans pour l' Espagne et la France?
- Madrid bénéficie d’un taux d’emprunt sur dix ans de 4 %, tandis que Paris emprunte à 4,6 %.
- Quel est le principal facteur expliquant la réduction de la dette espagnole?
- La croissance économique est le moteur du désendettement espagnol, qui devrait atteindre 2,3 % cette année, beaucoup plus forte que celle de la France qui ne devrait pas dépasser 0,4 %.
- Quel est le déficit public de l' Espagne comparé à celui de la France en 2026?
- L’Espagne a réduit son déficit public à 2,4 % de son PIB, tandis que la France l’évalue à 5,4 % pour 2026.
