Annulation de la dette détenue par la Banque de France : pas de gain budgétaire, avertissent Blanchard et Vandeweyer

Des documents financiers et graphiques montrant l'annulation de dette, avec des experts analysant les impacts budgétaires.

L’annulation de la dette détenue par la Banque de France ne dégagerait pas les ressources que ses partisans espèrent, avertissent Olivier Blanchard et Quentin Vandeweyer. Cette opération entre l’État et sa banque centrale n’affecterait pas directement les créanciers externes, mais pourrait entraîner des coûts indirects via la politique monétaire.

La Banque de France détient environ 600 milliards d’euros de dette publique, soit près d’un cinquième du total. L’idée d’annuler cette dette refait surface dans le débat politique français. Pour clarifier ce que cela changerait réellement, Olivier Blanchard et Quentin Vandeweyer recourent à une analogie: imaginez une entreprise où deux associés, Pierre et Paul, décident d’annuler une dette entre eux. Le banquier externe de cette entreprise n’est pas directement affecté – l’entreprise lui doit toujours la même somme. Mais il peut s’inquiéter: cette annulation révèle-t-elle une faiblesse? Un risque de défaut futur? Sa réaction logique: relever les taux sur les futurs emprunts.

Un transfert de coûts, pas une suppression

Transposée au débat public, cette analogie montre que l’annulation de la dette État-Banque de France (Pierre et Paul) ne change rien pour les investisseurs détenteurs du reste de la dette publique, ni pour les banques créancières de la Banque de France (les créanciers externes). Sur ce point, les partisans de l’annulation ont raison.

Leur erreur commence quand ils en déduisent que cette opération dégagerait des ressources ou serait sans coût. Pour comprendre pourquoi, il faut ouvrir le bilan de la Banque de France. À son actif figurent les titres de dette publique achetés depuis 2015 dans le cadre de l’assouplissement quantitatif – c’est-à-dire le rachat massif de dette par la Banque centrale européenne. Au passif se trouve la monnaie créée pour les acheter: les réserves, c’est-à-dire les dépôts que les banques commerciales détiennent auprès de la Banque de France.

Ces réserves sont rémunérées à un taux d’intérêt appelé le « taux de la facilité de dépôt », l’un des taux directeurs de la BCE. Cette rémunération n’est pas une faveur aux banques. C’est l’instrument central de la politique monétaire: celui par lequel la banque centrale pilote tous les taux de l’économie et contient l’inflation.

Annuler la dette revient à effacer simultanément un actif et un passif du bilan. Mais les coûts associés aux réserves – leur rémunération – persisteraient. L’État doit donc chercher ailleurs comment financer ces frais, ou accepter que la banque centrale ajuste sa politique monétaire d’une autre manière. Le coût ne disparaît pas: il se déplace.

À retenir

  • La Banque de France détient environ 600 milliards d' euros de dette publique, soit près d' un cinquième du total.
  • L' annulation de la dette entre l'État et la Banque de France n' aurait pas d' effet direct sur les autres créanciers.
  • Au bilan de la Banque de France, les titres de dette publique sont à l' actif et les réserves bancaires au passif.
  • Les réserves des banques commerciales auprès de la Banque de France sont rémunérées via le taux directeur.
  • Le taux directeur est l' instrument central de la politique monétaire pour piloter les taux et contenir l' inflation.

Questions fréquentes

Combien de dette publique la Banque de France détient-elle?
La Banque de France détient environ 600 milliards d’euros de dette publique, près d’un cinquième du total.
Qu' est-ce que l' assouplissement quantitatif?
C’est le rachat massif par la Banque centrale européenne de dette publique sur les marchés.
Qu' est-ce que le taux directeur?
C’est le taux d’intérêt auquel sont rémunérées les réserves, c’est-à-dire les dépôts que les banques commerciales détiennent auprès de la Banque de France.
L' annulation de la dette de l'État détenue par la Banque de France aurait-elle un effet direct sur les créanciers?
Non, l’annulation de la dette de l’État détenue par la Banque de France est une transaction sans effet direct sur les créanciers de l’État ni sur ceux de la Banque de France.